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Tome I.
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HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUATRIESME IC) f

saison fut assez commode aux. désirs du Roy, parce qu’il vouloitfaire baptiser les Princes ses enfants et faisoit venir la duchessede Mantoüe pour estre marraine de l’aisné. Cette Princesse estoitsœur de la Reyne, et le Duc son mary proche parent du duc deNevers, sy bien que cela obligea la Duchesse de demeurer plusqu’elle n’avoit accoustume' à la Cour. Le Roy cherchoit toujoursl’occasion de luy parler, et elle l’e'vitoit autant qu’il luy estoitpossible, mais souvent elle ne pouvoit l’empescher pour le respectqui luy estoit deu. Enfin, les ce're'monies estant acheve'es, dès lelendemain, le duc de Nevers et sa femme se retirèrent, sansquasy dire adieu, et elle ne voulut plus revenir à la Cour. Il seprésenta un voyage à faire à Rome, où ce Duc fut envoyé et salemme le suivit, sy bien qu’il fallut que le Roy oubliât cettepassion, qui luy avoit esté très-inutile et très-fascheuse, n’ayantpas accoustume de trouver tant de résistance. Le voyage duDuc et de la Duchesse dura plus d’un an, et au retour elle vintfaire la révérence à la Reyne, chez qui estoit le Roy. Il luy fitmauvaise mine et dit assez haut « qu’il estoit vengé et qu’elle» estoit extrêmement changée ». Elle n’en fit aucun semblant etvescut le reste de sa vie de mesme façon et avec toute la mo-destie d’une très-honneste femme.

Le Roy estoit pour lors raccommodé avec la Marquise, et laReyne le souffroit sy impatiemment, qu’ils avoient souvent degrandes querelles, quelque peine que les plus puissans duConseil peussent prendre de remonstrer que ces façons n’estoientpas séantes à la dignité de leurs personnes.

Il se présenta une occasion qui causa bien du bruit, et quivéritablement fut estrange. Ce fut que le Roy et la Reyne, allantà une de leurs maisons, proche de Paris et séparée par la rivière,il falloit passer en bac, et comme le carrosse où ils estoient tousdeux, accompagnez seulement de la princesse de Conty et duduc de Montpensier, voulut passer, il versa dans la rivière. LeRoy et le Duc n’en furent point mouillez, mais ces Dames burentun peu et coururent fortune de la vie. Quelques jours après, leRoy estant allé voir la marquise de Verneuil, elle luy dit qu’elleavoit esté en peine pour luy en cette cheutte, et que sy elle y eûtesté, le voyant sauvé, pour le reste elle eût crié : « La Reyneboit ». La Reyne ayant appris cela, se mit en une telle colère,que le Roy et elle furent quinze jours sans se parler, et il fallutque ceux qui avoient le plus de crédit auprès du Roy l’appai-