Band 
Tome I.
Seite
293
JPEG-Download
 

CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGUIER 2q3

à Narbonne : les esprits sont bien aussy malades en ce païs-là.Monsieur de Long, conseiller (la procédure duquel j’envoye aussyà Monsieur de La Vrillière par ce courrier), y fut députe', et leplus souverain remède que l’on ay.t peu trouver pour guérir tousces peuples et prévenir le mal qui menaçoit ceste ville, a estéung arrest que le Parlement fut contraint de donner le 21 e may,par lequel il ordonne très-humbles remonstrances estre faictesà Sa Majesté, et cependant soubz son bon plaisir, qu’il serasursis à quelques commissions extraordinaires, qui ne sont pasde grande importance.

J’ay appris, Monseigneur, que cest arrest avoit esté reçeu à laCour avecq indignation, ce qui me faict vous supplier très-humblement qu’après avoir considéré la nécessité qui nous l’afaict faire et le bien qu’il a apporté, mesme à ceste ville, l’exemplede laquelle tout le Languedoc, le Dauphiné et la Provencesuyvent, que l’ordonné de cest arrest, qu’on blasme, est auxtermes les plus respectueux qu’on puisse trouver et suyvantl’usage du Parlement. Sy la requeste des gens du Roy conte-nant les plaintes des peuples a quelque deffault, il suffit de direqu’elle est signée par tous trois, et que leurs seings doibventservir de garants à celuy qui dresse les arrests.

Les gens du Roy vous diront que les peuples ne voient pointqu’on fasse entendre, comme ils désirent, leurs plainctes au Royet aux Ministres de l’Estat, sy elles ne sont couchées dans ungarrest, et on avoit lors grand besoin de leur persuader que SaMajesté las verroit et que sa bonté leur donneroit quelques sou-lagemens, s’ils s’en rendoient dignes, et cest arrest n’a pointesté imprimé, et a esté suivy d’ung autre du 9 e juin, qui l’a estéet envoyé partout, et lequel efface toutes les mauvaises im-pressions que pourroit avoir données celuy dont on se plaint,duquel arrest, qui n’a point encore esté mis dans les registres, leParlement envoyé l’original à Monsieur le président de Caminade,avecq l’original de la requeste des gens du Roy, signée par lesdeux advocats et par le Procureur général, affin que Sa Majestéen fasse ce qu’il luy plaira. Et nous la supplions très-humblementde voir qu’il n’a esté donné que par le zèle que nous avons aubien de son service, lequel nous sera tousiours plus cher que lavye. Que s’il plaist à Sa Majesté que nous luy allions rendreraison de bouche de cest arrest et luy porter nos très-humblessoubmissions, nous serons tousiours prests d’obéir au premier