Band 
Tome I.
Seite
301
JPEG-Download
 

CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGUIER

3oi

deaux; mais n’ayant pas sçeu qu’on pressast Son affaire, et nepouvant d’ailleurs demeurer sans ressentiment de l’offense et dela calomnie qui m'ont este' impose'es par le dit Briet, je voussupplie très-humblement, Monsieur, de vouloir commander qu’ilsoit tire' lumière de ceste affaire, qui justifiera d’ung costé moninnocence, et me fera raison, par les voyes de la justice, de laplus noire et plus lasche trahison qui ayt jamais este' faicte àung homme de bien de ma condition. Je crois, Monsieur, que mademande est sy juste, que l’effet ne peut m’en estre desnie' : jele recevray ne'antmoins pour une obligation signale'e que vousacquerrez de nouveau sur moy, après une infinité' d’autres dontje vous suis de'sià redevable. Je ne vous entretiens point del’estât auquel j’ay laissé mon gouvernement, lorsque j’en suisparty, avecq la permission du Roy, pour venir passer quelquepeu de temps en ce lieu, affin d’affermir ma santé, s’il m’estpossible, par l’usage de quelques remèdes. Les de'pesches quej’escris sur ce subiet à Sa Majesté vous en rendront assez boncompte, sy vous avez agréable qu’elles vous soient présentées,Monsieur, sans qu’il soit besoin que je vous donne la peyned’en voir le discours dans ceste lettre. Je vous rediray seulementce que j’ay l’honneur d’escrire à Sa Majesté touchant les Juratsqui sont maintenant en charges, que sy on n’en met d’autres enleurs places, il est presque impossible que le repos de la villesoit bien asseure', les dits Jurats ayant sy peu de créance etd’authorité envers le peuple, qu’il n’y a personne qui ne lesmesprise, et de là viennent ces fréquentes insolences et ceslibertez que quelques mutins se donnent, tantost de faire courirdes escrits séditieux, et tantost de tenir des discours insolensen présence mesme de leurs magistrats, ce qui n’arriveroit pass’ils avoient plus de créance dans la ville. Je vous en parleavecq beaucoup de liberté, Monsieur, parce que je m’asseurebien que vous ne croirez pas que mon intérest ou la mauvaisesatisfaction que j’ay des dits Jurats me fasse parler de la sorte.Je ne le fais que par le seul intérest du service du Roy et pourle repos du public, car, du reste, il m’importe fort peu qui soitJurât. Je vous supplie de tout mon cœur, Monsieur, de prendrela peyne de faire considération sur ce que je vous en représente,et de me faire la faveur de croire que je ne perdray jamais nyle souvenir, ny le ressentiment des tesmoignages d’amitié qu’ilvous a pieu de me despartir sy souvent, et que, jusques au