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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
LETTRE DU PÈRE B. DUYERGER
RÉCOLLET (i)
Mon très-digne Seigneur,
Je prends encore la hardiesse de me présenter à vostre bonté',et l’accident qui est arrive' à nostre province me servira d’excuse,s’il vous plaist pour l’amour de Dieu. Il est tel, Monseigneur, queles Espagnols, prenant Saint-Jean-de-Luz, nous ont ravy ung très-beau couvent qui coustoit plus de soixante mil escus. Le vice-roy,y entrant, dit au Père gardien qu’il avoit ordre de son Maistrede ne faire aucun tort à leurs personnes, ny les chasser de leurcouvent, en cas qu’ils luy voulussent jurer fidélité, à quoy il futrespondu unanimement par trente religieux, qui y demeuroientactuellement, que leurs personnes et le couvent estoient en sonpouvoir, qu’il en disposast à sa volonté, et que, pour dernièreparole, ils estoient tous prests de quitter le couvent et tout cequi estoit dedans, et perdre plustost la vye que de rien faire delasche contre le service de la fidélité qu’ils avoient vouée à leurRoy, la magnificence de bonté duquel estoit sy grande, qu’il neles laisseroit pas sans retraite; et prenant une croix de bois etleurs bréviaires, ils leur quittèrent tout et se retirèrent à Bayonne,et de là à Bourdeaux, vers nostre Père provincial, qui est bien enpeyne de loger ceste petite troupe désolée. Il est vray qu’il seprésente une occasion où Yostre Grandeur les pourra consoler :c’est qu’il y a plusieurs années que nous sommes désirez àAngoulesme et à Poitiers, et il ne nous manque qu’ung tesmoi-gnage que Sa Majesté aura pour agréable que nous y soyonslogez. C’est pourquoy je vous supplie très-humblement, Mon-seigneur, au nom de tous mes pauvres confrères, de nous favo-riser d’une lettre par laquelle Yostre Grandeur tesmoigne ceconsentement. Je mourrois content sy je pouvois poser les armesde l’illustre maison de Séguier en ces deux lieux, comme j’ayfaict à La Rochelle, Je remets ceste consolation à vostre bontéet clémence, finissant la présente par l’asseurance que je vousdonne qu’en tous les couvens de ceste province, il se faict jour-nellement des prières pour vostre prospérité, que nous sou-
(i) Dossier n° 114, tome II, pièce 68.