CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGUIER
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une évocation générale. La passion de ceste Compagnie est telle,que ne pouvant rien contre moy, ils font tout ce qu’ils peuvent(sans avoir esgard ny à raison, ny à justice) pour m’offenser enla personne des miens, qui courent mesme risque de recepvoirtous les jours du préiudice en leurs fortunes, en leur vye et enleurs biens, par la violence du dit Parlement, qui a souventfaict ressentir des effets de sa passion à l’endroit d’aucuns desmiens. Je sçays, Monsieur, que vous avez tant d’esgard à lajustice, et que vous cognoissez sy bien les mouvemens de ladite Compagnie, pour juger ce qui se doibt attendre d’une haineviolente comme la leur, que je m’asseure que vous ne desnierezpas ceste grâce à mes dits domestiques, à mon fils le duc de LaValette, ny aux siens, qui ont en cecy pareils intérests que lesmiens. Vous avez jugé Monsieur le marquis de Duras et ceuxqui sont à luy dignes de ceste grâce, et il est bien clair et bienapparent que ses raisons, quoyque fort légitimes, ne Festoientpas à beaucoup près comme les miennes. J’ay prié Monsieur deVerthamon de prendre la peyne de vous escrire sur ce subiet,affin que son tesmoignage fortifie de plus en plus ma prière.Quoyque je vous demande ceste faveur pour ceux qui sont àmoy et à mon dit fils, vous jugez bien néantmoins que je m’as-seure, Monsieur, que ce sera nous obliger nous-mesmes, etbeaucoup plus estroitement que s’il s’agissoit de nos intérests,car, en mon particulier, j’aimerois beaucoup mieux recepvoir uneinjustice que sy quelqu’un des miens en ressentoit à mon oc-casion, comme cela arrive presque tous les jours. J’ay longtempsdifféré à vous faire ceste supplication, mais je suis maintenantforcé par la nécessité et par la raison mesme, qui peut tellementsur vous, que je m’asseure que vous n’y résisterez pas. Asseurez-vous, s’il vous plaist, Monsieur, que je n’auray jamais de passionsy forte que celle de vous rendre, en toutes occasions, des preuvesasseurées que je suis entièrement,
Monsieur,
vostre très-humble et plus affectionné serviteur,
Louis de La Valette.
A Bourdeaux, ce xvm e décembre i636.