CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SEGUIER
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ANNÉE 1643
LETTRE DU DUC D’ÉPERNON (1)
Monsieur,
Envoyant ce gentilhomme exprès vers Leurs Majestez pour lesasseurer, sur les occurences présentes, de la fidélité de mon très-humble service et de l’obéissance que je leur doibs, je ne l’aypas voulu laisser aller sans le charger de ces lignes pour voussupplier très-humblement de me vouloir tousiours, s’il vousplaist, honorer de la continuation de vos bonnes grâces et m’endonner ung nouveau tesmoignage pour me faire iouir de la grâcequ’il a pieu au Roy de me faire accorder des lettres d’Estat, quemes créanciers taschent de rendre nulles par une pure vexation,sans qu’ils en puissent retirer aucun advantage, ainsy que lesieur Cartier vous fera, s’il vous plaist, entendre, s’il ne l’a désiàfaict; il vous parlera aussy, Monsieur, de l’affaire de Nadaillan,les crimes duquel sont assez cogneus. Je sçays que vous estesprotecteur de la justice, et ne doubte pas que je ne la reçoipvcde vous prier empescher l’abolition que mes ennemys taschent deluy faire obtenir. Ceste affaire regarde la mémoire et l’honneurde feu Monsieur le duc d’Espernon, mon père, et le mien parti-culier, que ce monstre a voulu noircir d’une accusation qui faicthorreur aux gens de bien. J’en escris à la Reyne et à Monsieur lecardinal Mazarin, affin qu’il plaise à Sa Majesté de ne se laisserpas surprendre, et à Son Éminence pour luy demander sesfavorables offices en ceste occasion, qui me doibt estre tellementà cœur, que je ne sçaurois recepvoir ung plus signalé tesmoi-gnage de l’amitié que vous m’aviez faict l’honneur de me pro-mettre, que vostre protection et bonne justice, laquelle je tiendravà une très-grande grâce et obligation, pour m’en revancher parmes services très-humbles, lorsque ma bonne fortune m’en don-nera les moyens conformes au désir passionné avecq lequel je suis,Monsieur,
vostre serviteur très-humble et très-affectionné,
{Sans date.) Le duc d’Espernon.
(1) Dossier n° 87, tome III, pièce 1,