CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGUIER 341
souffririons pas, puisque nous estions officiers du Roy. Aprèstoutes ces raisons, l’esprit de ce grand vicaire resta aussy obstine'que jamais, ce qui obligea nostre Compagnie, pour le bien dela paix, de luy faire signifier ung acte par lequel on l’interpelloit,dans ceste contestation qu’elle ny luy ne pouvoient terminer,d’avoir promptement recours au Parlement, comme à la puis-sance la plus proche, la plus souveraine et la plus le'gitime dela province, puisqu’il n’estoit pas question de re'gler ce quidebvoit estre faict dans l’e'glise, pour ce qui regardoit l’actiondu sacrifice et l’ordre des prières, mais seulement des ce'ré-monies exte'rieures entre des eccle'siastiques et des officiers. Etoù il croyoit la voye trop longue pour attendre le jugement duParlement, nous le fismes prier instamment de vouloir passer parl’advis de Messieurs les Gens du Roy, et l’y exhortasmes par lemesme acte. Il n’eut point d’oreilles pour toutes ces semonces.Nous le fismes prier de nous avoir quelque autre expe'dient, ilse mocqua de tout cela et fit le souverain, disant que ce qu’ilavoit dit estoit dit, et ensuite fit afficher ung mandement abusif,par lequel il ne se contenta pas de convoquer, par l’advis duChapitre, les Corps eccle'siastiques, séculiers et réguliers dansl’église cathédrale, et les prairies sur lesquelles il n’a pointjurisdiction, pour de la dite église aller tout droit au Palaisprendre le convoy, mais, qui plus est, il prit jurisdiction dansle Palais, ordonnant qu’ung cercueil y seroit posé. Toutes cesviolences nous obligèrent d’en advertir le Parlement, qui baillaarrest, à la requeste de Monsieur le Procureur général, parlequel il fut dit que dans ceste occasion les anciennes coustumesseroient gardées, et, en ce faisant, qu’il ne seroit posé au Palaisny cercueil, ny drap mortuaire, d’autant que quelque ressen-timent que nous ayons en la mort de nos Princes, la Justice neparoist jamais en deuil. Cependant, il fut faict une propositionde faire dresser seulement ung autel dans la salle du Palais, cequi fut accepté en cas qu’il n’y eust point d’arrest; mais estantvenu, nous ne feusmes plus en ces termes, et le dit arrest ayantesté signifié au dit grand vicaire, il en fit pis qu’auparavant,n’ayant point voulu du tout faire aller le clergé vers le Palais,après l’avoir néantmoins promis aux Jurats, qui, sur leur parole,firent deslivrer les cierges de la chapelle ardente, mais il fit allerle dit clergé en procession en une paroisse de la ville, où il fitposer ung cercueil, sans faire advertir les Corps de la ville qui