CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGUIER 343
travaillé à ceste paix, me donnèrent ordre de ne le point faireexécuter, sy le clergé vouloit encore se tenir au traité qui avoitesté faict. Je fais ceste offre, j’employe tous mes soins pour luvfaire accepter, je suis rebuté et refusé. Enfin, l’arrest est exé-cuté, à la requeste de Monsieur le Procureur général. Aprèscela, j’offre de faire retirer les exploits, pourveu que l’on veuilleaccepter la paix. Je ne me suis pas contenté, Monseigneur, dechercher toutes ces précautions, car la considération que j’aytousiours eue pour Monsieur de Bazas m’a obligé de luy escrireconfidemment, par tous les courriers, ce qui se passoit, affinque de sa part il contribuast à la paix de la ville. Toute cestehistoire, Monseigneur, est sy véritable, que ma vye et monhonneur vous en respondront. Enfin, Monseigneur, après lesoffenses que tous les Corps ont reçeües et dont ils attendent laréparation, et après tant d’advances que j’ay faictes, qui eussentesté honteuses pour moy, sy les respects que j’avois voués àMonsieur de Bazas et le désir de la paix ne m’eussent obligé deles faire, je suis adverty que Monsieur de Bazas, transportéd’une passion extraordinaire et voulant faire des loix à sa fan-taisie, s’en va de porte en porte persécuter Messieurs les Prélats,et particulièrement Monsieur le cardinal Mazarin, Monsieur deBeauvais et Monsieur de Bourdeaux, pour vous aller demanderung adiournement personnel contre moy, et qu’il a esté sy peuconsidéré, de dire hautement dans vostre salle, en présenced’assez de personnes, que sy vous ne luy accordiez pas ce qu’ildemandoit, il s’en plaindroit à la Reyne, et que sy la Reyne neluy faisoit pas justice, il se la feroit luy-mesme. Je crois, Mon-seigneur, que sy vous luy demandiez de quoy il se plainct, ilseroit bien en peyne de le vous dire, puisque nous sommes lesoffensez, et qu’il n’y a aucune matière de parler de nous, quepour dire que nous n’avons pas assisté dans l’église cathédraleau service du feu Roy, à quov le grand vicaire, qui est l’autheurde nostre desplaisir, n’a nul intérest, et n’est partie recevable às’en plaindre, mais bien tous les Corps de nostre ville en ont eud’obliger Monsieur le Procureur général d’en demander ungnouveau : aussy est-il la seule partie à laquelle il s’en fautprendre. Je suis marry, Monseigneur, d’estre contraint de meplaindre à vous des violences et des foiblesses de Monsieur deBazas, que ses amis cachent tant qu’ils peuvent. Ceux qui nel’honorent pas condamnent sa conduite, et ses serviteurs, au