CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SÉGUIER
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LETTRE DE M. CHARRETON (i)Monseigneur,
Vous verrez, par les relations joinctes à la présente, ce qui sepasse en Rouergue, et comme Monsieur de Noailles penche ungpeu en faveur de ses anciens amis et hostes. Néantmoins, je puisdire avecq vérité qu’il a grand dessein de marier le service duRoy avecq la justification des coupables, mais, comme il estimpossible, aussy faict-il souvent ung pas trop favorable pour lesse'ditieux, comme vous verrez. Monseigneur, je ne vous ennuieraypoint icy de tous les desseins chimériques qu’ils se forment soubzla protection du dit sieur de Noailles, mais je vous diray seu-lement qu’ils se vantent de sortir de ce mauvais pas, sans advoüerque ny le ge'ne'ral, ny le particulier, aye failly. Je sçays, Mon-seigneur, que le Roy est père de ses peuples, et qu’il les traitedoulcement et avecq cle'mence, lorsqu’ils recognoissent leursfaultes, mais il faut qu’ils les recognoissent, qu’ils obe'issentet qu’ils demandent pardon, mesme dans leurs grands crirïiescomme celuy-cy et d’une sy grande conse'quence. Il a esté tous-iours pratiqué soubz vous, Monseigneur, que deux ou trois chefsde la révolte ou soublèvement ayent esté chastiez, c’est pourl’exemple qui est sy nécessaire en ung païs comme celuy-cy, oùles esprits, prompts et bouillants, ne s’arrestent jamais par laseule raison, et où il ne se passe point d’année sans sédition ousoublèvement, quoyque mesme souvent il s’en fasse des punitionsexemplaires. C’est ce que j’ay creu estre obligé de vous repré-senter, Monseigneur, puisque, tenant le timon et le gouvernailde la Justice, c’est aussy de vous de qui dépendent ces réso-lutions, que j’attendray de vostre équité, et tous les comman-demens dont il vous plaira m’honorer pour les exécuter avecqsoubmission et respect, comme,
Monseigneur,
vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
De Saint-Anthony, ce io aoust i6 4 3.
Charreton.
(i) Dossier n° 114, tome III, pièce 60.