CORRESPONDANCE AVEC LE CHANCELIER SEGUIER
4°9
LETTRE DU DUC D’ÉPERNON (i)
Monsieur,
La lettre que vous m’avez faict l’honneur de m'escrire le 5 dece mois est pleine, comme les pre'ce'dentes, de marques de vostreaffection, qui me donne une satisfaction et joye très-sensible, etdont je vous rends un million de grâces. La déclaration du Roy,qui porte divers règlemens et qui révoque les deux Edits, l’ungde la distraction du bailliage de Soûle de ce ressort, l’autre desgreffiers alternatifs et triennaux des consignations et saisies réelles,a esté envoyée par Monsieur de La Vrillière à Monsieur le premierPrésident, qui la mil ès mains de Monsieur le Procureur généralpour la présenter au Parlement. Je vous ay désià marqué cy-devant, Monsieur, qu’il seroit à propos que Monsieur de LaVrillière gardast les ordres et adressast au Procureur général ceque le Procureur général doibt présenter, et que tant s’en fautque l’entremise du premier Président serve, qu’elle peut apporterpre'iudice aux affaires qu’on veut faire passer en ce Parlement,advis que je ne donne pas par aucune aversion que j’aye contreMonsieur le premier Président, estant par la grâce de Dieu exemptde ceste passion et de toute mauvaise volonté pour ce qui le re-garde, mais parce que je suis obligé de vous faire sçavoir, enhomme d’honneur, ce que j’estime utile au service du Roy.J’aurois peu trouver à redire qu’ayant prié Sa Majesté de ré-voquer ces deux Edits, et le Conseil de Sa Majesté l’ayant trouvéà propos sur mes advis, on ne m’ait pas envoyé la déclarationqui contient ceste révocation, affin que le Parlement la reçeustpar mon entremise et de mes mains, ainsy qu’il l’a obtenue parmon intercession. Je ne désire point ung honneur vain et inutile,mais j’estime ce qui peut me rendre plus capable de rendre plusservice au Roy. Il n’a pas pieu à Monsieur de La Vrillière, quia voulu obscurcir ce que j’ay faict, pour le bien du service duRoy, en faveur de ce Parlement et faire valoir son amy, Monsieurle premier Président. Il faut prendre patience, comme de la tem-peste des Evesques de ce gouvernement touchant le poisle, queMonsieur de La Vrillière a suscitée par une lettre du Roy donnée
(i) Dossier n° 87, pièce 23.