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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
Monsieur, depuis ma lettre escrite, on m’a rapporte' que leParlement a nomme' le baron de Chambret, gentilhomme li-mosin, sourd et boiteux, son ge'ne'ral, et l’a loge' et visite' dansle chasteau du Hâ, bien qu’il y ayt quatre ou cinq jours quela lettre du Roy pour la paix du Royaume ayt esté leüe dans leParlement, et que l’advocat général Lavie partit avant-hier deBourdeaux pour Paris, où il promet d’estre dans quatre jours, etque le président Dafiis et ung conseiller des Enquestes, nomméMirât, le doibvent suyvre en bref. Vous pouvez cognoistre l’espritde Lavie, artificieux et plein de malice, qui a faict premièrementbeaucoup de mal en cachette, puis à la fin ouvertement, et a leplus contribué aux dernières brouilleries de Bourdeaux. Le pré-sident Laffis est ung esprit turbulent, de bile et de feu, qui ale plus paru dans la dernière prise d’armes, et qui s’alloit ou-vertement faire maire, sy quelques adroits de la Compagnie nel’eussent empesché. Mirât est ung des principaux brouilleurs.Ils vont sans sauf-conduit après avoir pris les armes, sans per-mission du Roy, contre son authorité, sans subiet, sans que lestroupes du Roy les attaquassent et leur fissent aucun mal, encorequ’ils fussent armez à Bourdeaux et se fussent emparez des chas-teaux du Roy, et eussent permis aux communautez de courresus aux troupes de Sa Majesté. Il y a lieu de les retenir et deleur tesmoigner le ressentiment que Sa Majesté doibt avoir deleur rébellion, et leur détention seroit d’ung bon exemple etnous faciliteroit le moyen, en abaissant la superbe de ces mutins,de les réduire plus tost à leur debvoir. Il importe qu’on leurfasse comprendre leur faulte et qu’on n’ordonne et qu’on ne jugerien en leur faveur, sans m’avoir entendu sur les plainctes, mau-vaises raisons et demandes injustes qu’ils pourroient avancer.En bonne justice, ils sont criminels de lèze-majesté, et ne sepeuvent sauver du supplice que par une abolition. Il est néces-saire, pour leur bien et le repos de la province et l’authorité duRoy, que Sa Majesté ne leur accorde rien qu’en m’ayant faictl’honneur de m’entendre, à quoy je vous supplie, Monsieur, devouloir tenir la main et nous aider.