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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
le sieur de Heaumont, capitaine du Chasteau-Trompette, a voitescrit à Monsieur d’Argenson pour response à la lettre qu’il luyavoit escrite popr apprendre de luy le véritable estât de la place,estoit plustost une ruse de guerre qu’une confession de la véritéqu’il n’est pas permis de desclarer à ses ennemys, car, au lieude desclarer l’extrémité en laquelle il estoit et le besoin qu’ilavoit de farines, il dit hautement ne manquer d’aucune chose, ilveut persuader qu’il a des vivres en abondance, et pour preuvede ses paroles il charge le tambour de deux pains fraischementfaicts, l’ung pour les chefs qui commandent, et l’autre pour lessoldats, de sorte, Monseigneur, que Monsieur d’Espernon revientà sa première proposition, qui est de faire entrer, avant touteschoses, dans le Chasteau-Trompette cent quarante boisseaux defarine. Le Parlement, Monseigneur, bien surpris de ceste nou-velle demande, contraire à ce qu’il venoi: d’arrester, consentencore d’abondant pour le bien de la paix à ce que le nombrede farines proposé entre dans le Chasteau, et nomme trois Com-missaires, sçavoir Monsieur le président Daffis, Messieurs deLescure et de Boucaut, conseillers, pour aller communiquer àl’Assemblée de l’Hostel de ville sa résolution, qui fut hierapprouvée, d’ung commun consentement, des bourgeois; et, enmesme temps, la lecture des articles (desquels, Monseigneur, j’avl’honneur de vous envoyer la copie), signez tant par le Commis-saire du Roy que par ceux du Parlement, y fut faicte, affin quele public sçeust qu’il alloit iouir de la paix qu’il avoit pieu àLeurs Majestez luy accorder. L’entrée des farines ainsy résolue,Monseigneur, on ne perd pas ung moment de temps pour passerde l’arrest à l’exécution ; on travaille à disposer les passagespour faciliter l’entrée des farines sy désirées et sy attendues, cequi fut faict dès hier au soir, en sorte que j’espère, Monseigneur,que Monsieur le duc d’Espernon, qui a esté bien aise, à ce quequelques-ungs croyent, d’obliger le Parlement à faire par nécessitéce qu’il avoit tant de fois refusé par obstination, va, sur cestenouvelle, esloigner les troupes du Roy, et la Ville en mesmetemps commencer à licencier les siennes, ce qui seroit de'siàfaict sy les sentimens des sages avoient prévalu, qui désiroientmarquer une prompte et aveugle obéissance aux volontez deLeurs Majestez, sans condition et sans défiance. Quelques-ungs,Monseigneur, ont voulu doubter du pouvoir de Monsieur d’Ar-genson, parce qu’il n’estoit pas scellé du grand sceau, et qu’ils