PAPIERS DE I.A BASTILLE
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figure, s’en servit et lui donna de quoi se de'crasser. Ensuite, illa remit à M. de Se'van, gentilhomme breton, qui l’entretintpendant sept ou huit mois, au bout desquels il la quitta pourM lle Clairon, actrice de la Comédie-Françoise. Cet abandon fitretomber la petite Rouxe dans sa première misère, d’autantqu’elle ne s’e'toit point précautionnée, et que, faute d’expérience,elle s’amusa avec un certain Favier (1), assez mauvais sujet, jadissyndic des Etats de Languedoc, présentement secrétaire de M. deLa Chétardie, qui n’avoit pas plus qu'elle. Cependant, il la tirad’embarras, en lui procurant la connoissance d’un M. de Gasc,président au Parlement de Bordeaux, grand joueur de piquet,qui, ayant gagné cette année-là plus de 80,000 livres au jeu,remit les affaires de sa maîtresse sur un meilleur pied, jusqu’à ceque la fortune tourna le dos au président, qui perdit non-seu-lement ce qu’il avoit gagné, mais encore tout ce qu’il avoitd’argent, ce qui l’obligea de retourner à Bordeaux.
Cet événement culbuta encore une fois la fortune naissante dela demoiselle Rouxe. Réduite, après avoir vendu tout ce qu’elleavoit, à vivre des menus profits de son métier, elle se ressouvintde Recolin, qui l’étaya de sa recommandation auprès de la dameParis. Celle-ci lui fit faire quelques parties (il y a de cela environcinq ans et demi), et entre autres connoissances, elle lui trouvaun jeune homme qui répondit pour elle au nommé La Conge,tapissier. La voilà donc de nouveau dans ses meubles, rüe Fro-menteau, vis-à-vis la place du Vieux-Louvre, à un second étage.Alors la Paris, cherchant à faire révoquer sa lettre d’exil, lamena avec elle à Pontoise, à l’effet de présenter un placet au ducde Bouillon, espérant que la petite Rouxe, qui passoit pour sanièce, feroit la conquête du duc; mais il en advint autrement. IIfut seulement les voir dans la chambre garnie qu’elles avoientlouée à Pontoise, promit à l’une d’obtenir son rappel, à l’autrede la faire entrer à la Comédie-Italienne, mais il ne leur tint pasparole. Tout le fruit qu’elles retirèrent de cette démarche futd’en être défrayées.
De retour à Paris, la demoiselle Rouxe reçut pour son compteles hommages des écuyers du duc et de nombre d’autres, mais
(1) Note de Meunier. — Ce Favier a greluchonné la demoiselle Leclerc pendant fortlongtemps, lorsqu’elle demeurait chez la Dubourg, rüe de la Comédie. Il est assez belhomme de sa figure et ne manque pas d’esprit, mais c’est un escroc perdu de réputation.