342 LES DESSOUS DE l’hISTOIRE
Je lègue aux Électeurs partisans de l’EmpireMes habits tant vieux que nouveauxPour leur en faire des drapeaux,
Car ils en ont perdu plus que l’on ne peut dire.
De peur qu’il ne soit morfondu,
Je donne mes cheveux au vieil duc de LorraineQue le vicomte de TurenneA si vaillamment tondu.
Je nomme Yanbruning exécuteur hdèleDe ma dernière volonté,
Et je luy cède ma cervelleAfin de subvenir à sa nécessité.
A l’heure de ma mort, sans haine et sans colère,Même à ses ennemis tout chrétien doit bien faire :Ainsy, je donne au prince de CondéMes mules de satin brodé,
Car, quoyque le zéphir ou que la bise souffle,
Ce grand héros toujours fait la guerre en pantoufle.
Quand tu devrois t’en offenser,
Pauvre Allemagne, tov qui pleuresAujourd’hui les méchantes heuresQue Turenne te fait passer,
Je donne ma montre sonnantePour être mise dans sa tente,
Et marquer que ce chef sçait bien prendre son tempsPour aller à la gloire,
Et l’heure qu’il choisit pour employer ses gensEst toujours, à coup sûr, l’heure de la victoire.
A Loüis que l’on entend tonnerDans tous les lieux de ce bas monde,
Hélas! Que pourrois-je donnerQu’une admiration profondeQue méritent tous ses hauts faits?
Mais si ce grand Roy veut que je repose en paix,Qu’il la donne à toute la terre,
Qui ne peut soutenir son courroux dans la guerre.
De L’Isola.