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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE 44I

D’Alègre, depuis. 27 ans.

Et moy, Henri de Masers, inge'nieur ge'ographe,depuis. 28 ans.

Or, à l’aspect de tant de malheureuses victimes qui sont icy àpourrir dans les fers depuis tant d’anne'es, peut-on douter encorede l’e'vidence que le magicien marquis de Marigny a envoyé' desde'mons dans le corps du duc de La Vrillière et de M. de Sar-'tine?..

Cependant, au bout de vingt-sept anne'es de captivité', aprèsavoir e'te' prive' pendant dix anne'es entières de feu et de lu-mière, plus de quatre mois au pain et à l’eau, après avoir e'te'pendant soixante-dix-sept mois dans des cachots et des caveauxhorribles, dont quarante mois sans relâche les fers aux pieds etaux mains, couche' sur de la paille sans couverture, où j’avoissouffert un million de martyres par le froid et la ge'henne desfers, le 29 du mois d’août 1775, sur les dix heures du matin, jevis entrer dix à douze personnes dans ma chambre, et M. deRougemont, lieutenant du Roy, me dit : « Voilà M. de Ma-» lesherbes, qui a remplacé M. le duc de La Vrillière dans sa» place de ministre ». Je le saluay profondément, en luy disant :« Monseigneur, vous voyez dans ma personne le plus malheu-» reux de tous les hommes. Voilà vingt-sept années que l’on fait» pourrir mon corps entre quatre murailles. Au nom de Dieu,» daignez me rendre la justice qui m’est due ». Il me demandala cause de ma détention. Sur-le-champ, je la luy donnay parécrit, et après l’avoir lue, il me dit : « Avez-vous du bien, de» quoy à vivre? » Je luy répondis : « Monseigneur, après une» captivité de vingt-sept années, je ne sçaurois plus être mal-» heureux, pourvu que je trouve de l’herbe et des racines ». —« Mais, avez-vous quelques talens? » — « Monseigneur, j’en ay» assez pour garder un troupeau, et j’aime mieux garder des» moutons que d’être icy ». — « Je vous crois, me dit-il; mais» que prétendez-vous faire en sortant d’icy? Avez-vous des parens» riches, des amis? » — « Monseigneur, ne soyez point en peine» de moy. Rendez-moy ma liberté : je trouveray de tout. » —« Mais enfin, avez-vous du bien, des parens riches, des amis? »