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Tome II.
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PAPIERS DE LA BASTILLE

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« AU ROY

» Sire,

» Si la pitié' a du pouvoir sur les coeurs vertueux, je ne dois» point douter que vous n’ayez pitié' du plus malheureux de tous« les hommes, qui vient en esprit se jetter aux pieds de Votre» Majesté' pour implorer sa justice.

» Père des François, je suis un de vos enfans; mais malheu-» reusement je sçais qu’il ne vous est pas possible d’examiner à» fond la cause de tous les malheureux. C’est pourquoy je vous» diray, en quatre paroles, qu’à prendre mon affaire du plus» mauvais de tous les côte's, on ne peut, au pis aller, que» m’accuser d’une fable officieuse envers M m = la marquise de» Pompadour. Or, quand même j’aurois e'te' son ennemy, à sa» mort, par l’autorité' des loix du Royaume, sur-le-champ ma» liberté' devoit m’être rendue. Ainsy, vous devez voir que depuis» plus de douze anne'es que ma partie est de'ce'de'e, mon corps» pourrit dans les fers uniquement faute de justice.

» Sire, présentement, je ne dois point laisser ignorer à Votre» Majesté' que, dans le cours de ma longue captivité', j’ay rendu» trois services notables à la France. Le premier, c’est que, par■> le projet militaire que j’envoyay au feu Roy votre ayeul, le» 14 d’avril 1758, j’ay renforce' vos arme'es de plus de vingt-cinq» mille bons fusiliers, en faisant prendre ge'ne'ralement à tous les» officiers et sergens des fusils en place des espontons et de» leurs hallebardes, et Votre Majesté' se sert encore aujourd'hui» même de ce projet dans toute son infanterie, excepte' les gardes» françoises et suisses, qui ne s’en servent qu’en temps de guerre.

» Le deuxième, par mon second projet envoyé à Louis XV, le■i 3 de juillet 17.58, je vous ay donné plus de douze millions de» revenus toutes les années sur la ferme des postes, et vous-» même, Grand Roy, vous profitez encore aujourd’huy même de» ce revenu.

» Le troisième, par mon troisième projet envoyé à la Cour,

» le 5 de février 1761, c’est à moy-même à qui Votre Majesté» doit avoir l’obligation de toutes les provisions de bleds qu’elle-> voit de faites par toutes les communautés de Paris pour pré-