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l’AMIRAL DE COLIGNY
froissé, foulé aux pieds des chevaux, a eu l’épaulebrisée, l’os du bras presque mis à nu. Tout le corps debataille, une partie de l’avant-garde, sont en déroutecomplète; l’artillerie qui les couvrait tombe au pouvoirde l’ennemi; cinq mille Suisses, promptement ralliés,font encore bonne contenance.
Ce désastre est la faute de Montmorency; l’outre-cuidant vieillard a voulu attaquer trop tôt les hugue-nots, dont il est maintenant prisonnier.
La victoire des protestants semblait si complète,qu’une panique inexprimable saisit les vaincus. L’und’eux, le brave d’Aussun, vétéran des guerres d’Italie,dont l’intrépidité était renommée parmi les soldats,s’enfuit au galop jusqu’à Chartres, s’arrêta, et, affranchitout à coup de cette peur étrange, tomba mort de honteet de rage !
Cette déroute et la prise du connétable n’étaient quele commencement de la bataille. Les Suisses conti-nuaient à s’avancer en bon ordre ; ils furent traversésquatre fois par la cavalerie huguenote, hachés, disrpersés. En les voyant ainsi débandés, les lansquenetsluthériens crurent qu’ils devaient être une proie facile,et se ruèrent sur eux pour les massacrer. Entre lesSuisses |et les Allemands vivait toujours la vieillehaine.
A l’aspect de ces ennemis indignes d’eux, les Suissesdu roi serrèrent les rangs, marchèrent droit aux lans-quenets et les mirent en fuite. Il fallut que la cavaleriede Condé s’abattît de nouveau sur ces malheureux régi-ments suisses; cinq nouvelles charges les exterminèrentà peu près. Quelques survivants n’avaient plus que despierres pour se défendre, et faisaient l’admiration desprotestants en se retirant lentement, toujours en bon