l’amiral de coligny 123
ordre, vers un petit taillis où les chevaux ne pouvaientpénétrer.
Gondé restait maître du champ de bataille, les réfor-més se proclamaient vainqueurs. Mais l’amiral deColigny, montrant dans le lointain le petit corps d’ar-mée du duc de Guise, s’écria, sans cesser de mâchonnerle cure-dents qu’il avait sans cesse entre les lèvres :
« Nous nous trompons, car bientôt nous verrons cettegrosse nuée fondre sur nous. »
Jusqu’à cette heure, en effet, le duc de Guise avaitassisté à l’action, sans y prendre part, comme l’avaitfait huit ans plus tôt le connétable, à la bataille deRenty. Il semblait indifférent : il n’avait pas reçud’ordres.
Par une modération qui ne pouvait préjudicier à soninfluence réelle, ou par un sentiment de fierté biencalculée, il n’avait voulu prendre dans cette journéed’autre commandement que celui de sa compagnied’hommes d’armes et de quelques volontaires. Ainsique la Brosse, il se trouvait modestement placé à laréserve et dissimulé aux yeux de l’ennemi par des posi-tions, derrière le village deBlainville, et par une massed’arbres qui couvraient sa petite troupe : il jugeait avecraison que l’éclat de son rang, de ses talents, de sarenommée, le faisait paraître plus grand en combat-tant comme un simple volontaire que comme lieutenantdu connétable, et qu’en dépit des ombres sous les-quelles il s’effaçait en apparence, chacun ne reconnaî-trait pas moins en lui le véritable général de l’arméecatholique.
Du reste, les huguenots ne s’y trompaient nullement.Coligny voyait bien que la bataille allait recommencer,et qu’aux troupes fraîches du duc de Guise, il ne pour-