l’amiral de coligny
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connaissait les menaces de Poltrot, qu’il l’a mis àportée de les accomplir et qu’il n’en ressentait pointd’horreur (1).
Voilà, suivant le protestant génevois Sismondi, quelétait le plus vertueux et le plus religieux des protestantsfrançais !
« Ils auraient pu ajouter l’un et l’autre, ajouteHohrbacher, que, pour tout protestant sincère, l’actionde Poltrot était une action plus que vertueuse. D’aprèsla doctrine de Wittemberg et de Genève, de Luther etde Calvin, Dieu lui-même opère en l'homme le malcomme le bien, la trahison de Judas comme le repentirde saint Pierre. Donc l’action de Poltrot est une actiondivine. D’ailleurs, la règle fondamentale du protestan-tisme n’est-elle pas que chacun n’a d’autre règle nid’autre juge que soi-même! Ceux donc qui approuventle protestantisme et qui blâment Poltrot, ne savent cequ'ils disent; car tout homme sensé, admettant le prin-cipe, doit admettre la conséquence. »
Le témoignage des contemporains doit être aussiinvoqué. L’ambassadeur anglais, Smith, dans unelongue lettre à Elisabeth, lui fait part do tous les bruitsqui courent (2) :
« L’assassin est âgé de dix-neuf ans, natif de Sain-« tonge ; il est venu dans le dessein de tuer le duc, à« l’instigation de Soubise, actuellement à Lyon. C’est« Soubise qui l’a adressé à l’amiral, avant qu’il passât« en Normandie ; l’amiral lui a remis trois cents écus,
(1) Sismondi, t. XVIII ; — Mémoires de Condé, t. IV.
(2) Le seizième siècle et tes Valois , par le comte II. de laFerrière, p. 10G.