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l'AMIRAL DE eOLIGNY
que je nommerai quand il sera temps, qui disoient avoirété pratiquées pour me venir tuer, comme il plaira à “Votredite Majesté se souvenir que je lui dis à Paris, en sortantdu Moulin où se faisait le parlement, ce que j’ai aussi dità M. le connétable. Et néanmoins puis-je dire avec véritéque de moi-même, je n’ai jamais recherché, sollicité, nipratiqué personne pour tel effet; et m’en rapporterois bienà tous ceux qui ont vu mettre telles entreprises en avantdevant moi, combien je m’en suis moqué. Et pour n’en-nuyer Votre Majesté de plus longue lettre, je la supplieraiencore un coup, très humblement, commander que leditPoltrot soit bien et soigneusement gardé pour vérifier dece fait ce qui en est. Aussi, qu’étant mené à Paris, commel’on m’a dit, je craindrois que ceux de la cour de parlementle voulussent faire exécuter, pour me laisser cette calomnieet imposture, ou bien qu’ils voulussent procéder à l’en-contre de moi pour ce fait; ce qu’ils ce peuvent faire,estant mes parties et récusés comme ils sont. Et cepen-dant ne pensez pas que ce que j'en dis soit par regret quej'ay à la mort de M. de Guise, car f estime que ce soit leplus grand bien qui pouvoit advenir à ce royaume, et àl'Eglise de Dieu, et particulièrement à moi et à toute mamaison; et aussi que, s'il plaît à Votre Majesté, ce sera lemoyen pour mettre ce royaume en repos : ce que tousceux de cette armée désirons bien de vous faire entendre,s’il vous plait nous donner seureté de ce faire, suivant ceque nous avons fait requérir aussitôt que nous avons étéavertis de la mort du dit sieur de Gluise. Madame, je prieDieu vous donner, en très parfaite santé, très heureuseet très longue vie.
De Caen, ce l2 de mars 1562 (1563).
Cette lettre porte un certain air de franchise, onpourrait même dire de cynisme, en ce qui touche lamort du duc; mais l’argumentation en est pitoyable.