l’amiral de coligny
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En définitif, tout ce que l’amiral peut chercher àétablir, c’est qu’il n’aurait pas donné un ordre positifde tuer le duc de Guise à ceux qui le lui proposaient.Chose remarquable! lorsqu’il aurait été naturel dedéférer à la demande de confrontation, que faisait Coli-gny, on se hâta de faire exécuter Poltrot ; et commela suite a montré que la reine mère n’était rien moinsque mal disposée pour l’amiral, on est étonné qu’ellelui ait enlevé ce moyen de justification, si réellement ille voulait (1). Toute la défense contenue dans lemémoire qua» cette lettre accompagnait est des plusfaibles.
L’amiral dit que la preuve que l’on ne pensait nulle-ment à employer Poltrot, c’est que lorsque celui-ci luifut envoyé par Soubise, Soubise recommandait de le luirenvoyer; mais il n’explique pas pourquoi, au lieu dele renvoyer, il le garda auprès de lui. On lui reproched’avoir donné de l’argent à l’assassin, dit-il : « Sur savie et son honneur, il ne se trouvera qu’il ait approuvéqu’on attentât en cette façon sur la personne d’icelui ;jusqu’à ce qu’on lui ait dénoncé un complot imaginairecontre les chefs protestants; quoi voyant, il confesseque, quand il a ouï dire à quelqu’un que s’il pouvait,il tuerait ledit sieur de Guise jusques dans son camp, il nel’en a détourné. » Et quant aux vingt écus, « il recon-noit être vrai qu’à son dernier retour à Orléans, environla fin de janvier dernier, après que le seigneur deFeuquières lui eut dit qu’il avoit connu le dit Poltrotpour homme de service, il délibéra l’employer à sçavoirnouvelles du camp des susdits ennemis, et par cet
(1) Gaspard, de Coligny, par le prince Eugène de Caraman-Chimay.