l’amiral de coligny
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« suppliants de faire poursuytte dès maintenant aux« lieux et juges qu’il appartiendra du meurtre pro-« ditoire et inhumain de François de Lorraine... pour-« suyte qu’ils ont différée par le commandement du« Roy jusque à présent... que les occasions cessent et« pour ce qu’il leur seroit chose trop honteuse et« ignomineuse... et pourroient estre tenuz défaillans« au debvoir... arguéz d’ingratitude s’ils taisoient plus« longue demeurée à faire cette poursuytte. »
A ce spectacle, le jeune roi, saisi, soit de surprise,soit d’une certaine émotion, se sent venir les larmesaux yeux, et, faisant relever les suppliants : « Il me« semble avoir ouy dire, leur répond-il aussitôt, que« Dieu faisoit régner les roys par la justice : c’est« pourquoy 3e vous ai ci-devant dict, ma cousine, que« je vous la ferois faire quand vous m’en requériez.« Le cas me semble si malheureux faict à ung prince« tant recommandé de ses services et qui tenoit le lieu« en l’armée que j’avois lorsqu’il fut ainsi malheureu-« sement tué que moi-môme le poursuiverois : pour« ce veulx-je qu’elle soit ouverte et faicte si bonne que« Dieu et le monde en demeurent satisfaicts et que« ma conscienco en soit deschargée (t). »
Les suppliants se rendent alors chez la reine pourlui faire une simple visite, sans lui parler d’autrechose; et le même jour, par ordre de Charles IX,on appose au bas de la requête le décret suivant, renduen conseil privé :
« Le Roy a permis et permet poursuyvre justice pour« le faict mentionné en la présente requeste par-devant« les juges des pairs de France, lieutenans généraulx
(1) Mémoires de Condé, édit, in-ft», t. IV, p. 668.