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l’amiral T)E coligny
laquelle ils se promettaient de confondre ou du moinsd’embarrasser gravement leurs ennemis. Attendre pluslongtemps, c’eût été risquer de ne pouvoir demeurerréunis; aller trouver la cour dans un bourg obscur deNormandie, c’était, d’autre part, se priver de l’avantaged’agir directement sur des spectateurs nombreux,dévoués, c’était compromettre, sans doute, un côté del’elfet politique de leur démonstration. Pressés par letemps, par les conjonctures, les princes lorrains s’ar-rêtèrent pourtant à ce dernier parti.
Laissons maintenant la parole à M. de Bouillé (1).
« Antoinette de Bourbon, sortie de sa retraite deJoinville, désignée pour porter la parole en cette graveoccasion, et suivie de sa belle-fille, la duchesse deGuise, de ses fils d’Aumale, d’Elbeuf, du cardinalLouis, de son cousin le comte de Yaudémont, ducardinal de Bourbon, des ducs de Montpensier, deLongueville, de Nemours et d’un nombre considérabled’amis de sa maison, arriva à Meulan le 26 septembre.Tout ce cortège était revêtu d’habits de deuil; lesprincesses portaient de grandes robes à queues traî-nantes, les femmes de leur service avaient le visagecouvert de voiles noirs et faisaient entendre de pro-fonds gémissements (2).
« C’est au moment où, après avoir entendu les vê-pres, Charles IX va sortir de l’église que cette familledésolée, mais non moins politique, se précipitant à sespieds, lui soumet une requête signée de tous lesprinces et princesses présents. Il y est demandé aumonarque « d’administrer justice et de permettre aux
(1) René de Bouille : Histoire des ducs de Guise, t. Il, p. 313et suivantes.
(2) Pérau : Vie du duc Henri de Guise. — De Thou, liv. XXXV.