l’amiral de coligny
239
demandé de s’expliquer du moins confidentiellement,car c’était un entretien tout intime, il ne lui a pascaché qu’en Angleterre et c’était l’opinion dominante,on désirait que la France et l'Espagne gardassent cequi leur appartenait; que leur situation restât ce qu’elleétait avant la guerre, car l’agrandissement de l’un oude l’autre État pouvait devenir un réel danger pourl’Angleterre; ce que l’on craignait surtout, c’est que laFrance ne s’emparât des Flandres, ce qu’à aucun prixne pouvait souffrir l’Angleterre. L’amiral, tout enapprouvant ce langage, fit observer que la reine s’unis-sant au roi, aurait sa part des avantages à recueillir;que, du reste, il n’avait en vue que son contentement,son honneur, mais que le xéritable danger, c’étaitde laisser passer l’heure et de perdre une si belleoccasion (1).
Cependant l’entourage de Charles IX se montraitabsolument hostile à une entreprise dont les consé-quences pouvaient être terribles. Venise, émue à lapensée de voir la paix de l’Europe pour longtemps sansdoute compromise, envoya en France Giovanni Michielicomme ambassadeur extraordinaire. Coligny n’en pres-sait pas moins le roi d’entrer en armes dans les Pays-Bas. Après la défaite de Genlis, on avait réussi par latorture à arracher aux prisonniers l’aveu que le roide France avait encouragé lui-même leur tentative.« L’amiral, écrit Michieli, se servit habilement de cetteoccasion, et jeta le roi dans une telle indignation, qu’ilne connaissait plus de limites, et qu’il ne se trouvaitpas avec un de ses confidents sans lui dire avec Tex-
te M. de La Ferrière : les Projets de mariage de la reine Eli-sabeth, p. 315.