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l’amiral de coligny
qu’avait laissés son frère. Non seulement le roi agréacette demande, mais la princesse douairière (Eléonorede Roye) ne paraît pas y avoir fait d’opposition. Aumoment de la mort de son mari, elle avait témoignéune grande chaleur pour la cause des réformés, ets’était placée tout d’abord sous la protection de lareine Elisabeth; puis elle s’était promptement refroidie,avait quitté la Rochelle, et résidant tantôt à la cour,tantôt dans ses terres de Brie, elle partageait, avec leprélat, son beau-frère, la direction de l’éducation toutecatholique que recevaient ses fils et beaux-fils. Elle-même n’allait ni au prêche ni à la messe et vivaitdans un relâchement de croyance, et, assurait-on, demœurs dont la reine de Navarre s’indignait fort (I), etqui ne devait pas moins révolter l’âme sincèrementpieuse de Condé. La doctrine calviniste s’était forte-ment imprimée dans le cœur de ce prince, les leçonsqu’il avait reçues, non moins que ses malheurs avaientexcité en lui une vive ferveur; son esprit, naturelle-ment enjoué, s’était assombri, et il confondait dansune môme horreur le vice, le plaisir et le papisme.Ainsi, tout l’éloignait de la cour; et la confiance quelui montrait Coligny ajoutait encore au charme des« mélancoliques heures » (c’était son mol) qu’il passaità la Rochelle. L’amiral avait apprécié l’ardeur reli-gieuse et la fermeté de Condé : il semblait se préparerà lui léguer le commandement des réformés de l’Ouest.C’est Condé qui, en son absence, transmettait ses
(1) « Votre cousine la marquise est tellement changée qu’il n'y aapparence de religion, sinon d’autant qu’elle ne va point à lamesse; car, au reste do la façon de vivre, elle est comme lespapistes, et la princesse, ma sœur, encore pis... » Jeanne d’Albrctà son fils, Blois, 8 mars 1572. Lettres missives de Henri IV, I, 33.