qu’elle servit de carrefour aux ambitions desBarbares qui se jetaient en Italie. Ces condi-tions géographiques ont fait ses destinées et sespérils.
Les Savoyens 1 ne sont pas autochthones ;leur origine complexe se ressent des migrationsdes races qui tour à tour envahirent les Gaulespour s’en disputer la possession et les Alpespour passer en Italie. Cherchons de quellesouche sortent les Savoyens, de quels élémentss’est formé ce peuple, ce que les siècles yajoutèrent et ce que la civilisation y corrigea.Üne étude capitale doit servir d’introduction àl’examen des documents écrits, je veux dire laconnaissance approfondie du sol et des habi-
1 Le mot de Savoie s’est écrit de neuf manières différentes,suivant les âges et la langue dominante ; le nom du peuple avarié presque autant de fois. Seyssel, C. de Bultet, Honoréd’Urfé, Jean Menenc, saint François de Sales, ont écritSAVOYSIENS, comme les éditions de Froissart en 1559 (Jeande Tournes à Lyon) et de Comines en 1529. — Les traitéspublics à partir de 1672, l’édition de Marot do 1731 (La Haye,III, 301), les récentes éditions de saint François de Sales,les écrits de Joseph de Maistre portent SAVOISIENS. — Je neveux point partager l'affectation de ceux qui s’obstinent, malgrél’étymologie, la tradition et la convenance, à dire SAVOYARDS,le mot des manifestes espagnols, des chansons genevoises etdu patois piérnontais. L’usage aurait dû adopter de préférencel’expression si correcte des manuscrits les plus authentiquesde Froissart et de Comines: SAVOYENS (MSS PARIS), ex-pression reproduite en même temps que la variante savoysiensdans les Froissart d’Anth. Verard (1500), de Michel Le Noir(1505), d’Anth. Couteau (1530), et seule dans le Comines de1747. La Chronique de Savoye de M e Guillaume Paradin,imprimée à Lyon par Jean de Tournes, en 1602, porte uneseule fois le mot de Savoysiens (à la page 2) et partout ailleursSAVOYENS. (Voir une dissertation du savant O. M. Raymond,dans les Mém. de la Soc. acad. de Savoie, 1829.) On saitaussi quequantité de familles en Savoie portent le nom de SAVOYEN.Je n’invente donc pas en choisissant Savoyens; je rajeunis unmot vieilli, répétant avec Horace : Il n’y a de nouveau que cequi est oublié, — Multa renascentur quœjam cecidere.