1060-1070
— 186 —
avec succès l’axiome féodal : Nulle terre sansseigneur. Dans les hautes vallées des Alpes duDauphiné comme dans celles des Alpes deSavoie, il se trouva des privilégiés du moyen-âge assez habiles ou assez forts pour se main-tenir dans une sorte d’indépendance relativeau milieu de cette absorbante féodalité qui lesenserrait de toutes parts. Les Franchi duBriançonnais les hommes libres de Valor-sine, de Gharnonix, de Sallanches, maintinrentintactes jusqu’au dernier siècle les traditionsde la tenure franche des Gallo-Romains et dela possession libre des Burgondes; ils résis-tèrent aux empiétements de l’abbé ou du sei-gneur, et ne cédèrent que devant les exigencesplus égalitaires du pouvoir royal. Ce fait négligéet qui mériterait à lui seul une éttide appro-fondie, trouve une confirmation qui le géné-ralise dans une réflexion du tiers-état de Lyon,en 1639 : Il y a des nobles partout ; mais, èscertains lieux, ceux du tiers-état ont été mieuxadvisés de se maintenir en telle sorte que lesnobles n’aient pu empiéter leurs droits pri-mitifs' 1 2 . Une charte de 1040, dans laquelleAymon, fils d’IIumbert Albimanus, est à la foisévêque de Sion, abbé commendataire de Saint-Maurice et comte en Ghablais, peut servir dedémonstration pour expliquer comment lessouverainetés se formaient par la réunion
1 En 1349, lorsque Humbert de Viennois céda le Dauphiné àla France, il prit soin de réunir et de publier dans le Statutdelphinal les droits anciens de ses sujets. Voir, à propos desFranchi et du cadastre d’Embrun, Briançon, Upaiï, etc., letome II (3 e série), page 79, des Mém. de l'Acad. Delphinale.
2 Archives de Lyon. — Réplique du tiers-état contre lesnobles au procès des tailles de 1639.