1283 — 262 —
héritage, que toi seul me succèdes, et après toi lestiens ! ' »
Il est rare de trouver dans le protocole d’unnotaire du moyen-âge l’expression aussi émue,aussi vibrante, de la volonté des parties. Maisle scribe de 4282 n’eut pas le loisir de traduireen style banal et froid le cri de douleur etd’indignation de la grande dauphine, se dé-pouillant de toutes ses seigneuries pour nelivrer aux ennemis qui la poursuivaient qu’uneprisonnière indigente, et léguant au futurempereur le soin de venger ses malheurs.Le comte Philippe, qui exige l’exécution desactes de 1262, entre avec ses chevaliers sur leterritoire du Faucigny où le comte de Genevoisle tient en échec, tandis que les troupes alle-mandes font le siège de Payerne. Grâce àl’intervention des évêques de Bâle, de Belleyet de Lausanne, Rodolphe consent à la paix*;Philippe renonce aux seigneuries de Morat etde Guminen et à l’avouerie de Payerne ; maisRodolphe ne fait aucune réserve en faveur deses alliés du Genevois, du Faucigny et du Dau-phiné ; ce sera la source de nouveaux conflits.Le traité de Payerne, du 27 décembre 1283 4 ,rédigé avec une hauteur de vues et une dignitéde langage bien rares à cette époque de vio-lences J stipulait que toute querelle entre laSavoie et l’empire ne serait plus livrée dé-sormais au hasard des armes , mais seraitsoumise à l’équité d’un arbitrage. Toutefois,les nécessités féodales ne permirent pas au
1 Pièces justificatives ; document 111.
* Publié par BOhmor. n° 768. —Voir Hisely. Cotâtes deGenevois. I. 80.