— 351 —
1348
choisi pour les plaisirs et les jeux; le tournoifie Chambéry paraissait n’ètre qu'un défi jetépar la frivolité des cours à la guerre, à la fa-mine, à la peste. En 4345, les pluies d’automnefurent telles qu’on ne put semer ou que le blépourrit en terre ; en 1346, les pluies torrentiellesdu printemps firent que le blé, le vin et l’huilemanquèrent à la fois. Les prairies furent inon-dées; les herbages et les grains manquant, onfut obligé de tuer les bestiaux; la famine de-vint générale et le prix de toutes les denréesaugmenta de cent pour cent 1 . En 1347, les Ita-liens qui commerçaient en Orient abandon-nèrent leurs comptoirs devant la peste; maispartout où ces fugitifs débarquèrent, ils appor-tèrent la mort avec eux -. En 1348, la conta-gion franchit les Alpes, se répandit en Pro-vence, en Savoie, en Dauphiné, en Bourgogne,et de là dans toute l’Europe. L’insouciance desgentilshommes se traduit par ces mots deFroissart, le plus fidèle traducteur des impres-sions de la noblesse de son temps : Puis .doncpar totis pais une maladie que l’on clame épi-démie couroit, dont bien la tierce partie dumonde mourut. Le populaire ne se paya pas decette indifférence; on accusa les juifs d’empoi-sonner les fontaines; on les tua par millierspour piller leurs maisons. Les habiles saisirentaussi cette occasion de se débarrasser des lé-preux qui, conservant leurs femmes et faisant
1 En Italie, par exemple, le quintal de blé, ou boisseau flo-rentin de 36 livres poids de marc, valut 36 livres, poids pourpoids, ou 144 francs. (Giov. Villani. Istorie florentine. XII.954. — Sismondi. Répub. ital. VI. 9.)
2 Malfeo Villani./xf./ior. (Continuation de Giovanni, son frère.)