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contre lesquels venaient se briser les meilleuresintentions. Ces abus, inhérents à l’état social,ne pouvaient être supprimés par un texte deloi ou par la volonté d’un prince ; enracinésdans les habitudes et les traditions, ils nedevaient disparaître que dans l’irrésistiblecourant de la civilisation moderne. Pourtant,je me plais à citer un passage de Monteil 1 quirend hommage à la douceur relative de la légis-lation savoyenne au moyen-âge :
« J’ai vu, il n’y a pas longtemps, lorsque j’étais enDauphiné, le même blasphème puni d’un côté de larivière, dans les enclaves de la Savoie, par le procureurfiscal et l’amende pécuniaire ; et, de l’autre côté de larivière, dans les terres de France, par la main dubourreau, par le sang. Que dites-vous de la justice deSavoie ? Que dites-vous de la justice de France ? i>
N’est-ce pas le cas de rappeler le mot dePascal :
« Pourquoi me tuez-vous? — Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau? Mon ami, si vous de-
1 Histoire des Français des divers Etats. XIV e siècle. EpîtreLXXII1. — Cette douceur relative à propos des blasphéma-teurs ne dura point ; les vieilles ordonnances françaises, repro-duites par l’édit de 1529, furent imitées en Savoie dans toutesleurs violences à partir de 1560. Les légistes sont unanimes àreconnaître, dans les institutions du comte Aymon et du ducAmédée, la confirmation des emprunts faits successivement, parune naturelle assimilation et après un échange séculaire, auxcoutumes, aux lois, et surtout à la jurisprudence françaises.La ressemblance se poursuit jusque dans certains détails deforme, puérils en apparence, mais rpii dénotent dans l’espritdu rédacteur savoyen une préoccupation de parallélisme. FraPaolo Sarpi avoue ingénuement celte perpétuité d’analogieentre deux pays que séparaient seulement les lignes idéales dela géographie politique, etCapré de Mégéve constate commentet pourquoi la Savoie, si voisine de la France, a imité beattcoupde lois et de coutumes de ce royaume.