1430
— 432 —
et l’incurie des administrations locales ont faitplus de ruines que la guerre et les invasions 1 .
Le duc Amédée jouait du luth; il s’entouraitde musiciens et se plaisait aux réceptions so-lennelles, aux fêtes religieuses, où l’église et lacour déployaient la somptueuse élégance dusiècle 2 avec ses dissonances et ses singularités.Le prince dispersait ses habits et ses meublesdans ses diverses résidences, emportant aveclui, à chaque voyage, ce qu’il possédait de plusprécieux. En 1427, lorsque les seigneurs ita-liens vinrent au château du Bourget demander
un coin du Grand-Jardin; en 1866, l'acte impie fut consommé,malgré les protestations de deux patriotes, le marquis d’On-cieu et le docteur Dénarié, par la destruction de la salle capi-tulaire , spécimen charmant d’une architecture à la fois élé-gante, hardie et sévère. La fontaine de la place de Lans dis-parut aussi en 1864, avec la statue de la ville et le souvenirdu marquis Sigismond d’Est. Mais où sont les neiges d’antan!
1 Parmi les merveilles du moyen-âge et de la Renaissance,on ne peut citer aujourd’hui que les cryptes d’Aiine, de Moù-tiers, de Lémenc ; les cathédrales de Genève et de Lausanne ;la collégiale de Saint-Ours, à Aoste; les cloîtres de l’abbayed’Abondance (Charvet. Recherches sur l'abbaye d'Abondance.1863.) ; l’église de Brou (Dufay. L’Eglise de Brou. 1867.) ; lestours du château de Chambéry, les restes des forteressesd’Annecy, de Chillon et de Myolans.
2 Les salles de la tournelle au Bourget, de la duchesse àChillon et à Thonon, la galerie du château de Chambéry, lachapelle des princes à Hautecombe, sont signalées par les chro-niqueurs pour leurs peintures à fresque, leurs menues huisse-ries et leurs verrières. Il en reste quelques rares vestiges. Lescoffres, les sièges, les bahuts qui jouaient jadis un si grand rôledans la richesse de l’ameublement ont disparu. Quelques tryp-tiques précieux, quelques ivoires, sont conservés dans des ca-binets d’amateurs ; mais les tapisseries, les brocarts, les cuirsdorés, les dressoirs, les bassins de métal, les manuscrits, lesarmes, les faïences, ont été pillés par les brocanteurs de Turin,de Lyon, de Genève. Au surplus, la Savoie ne peut revendi-quer comme siens que bien peu des ouvrages d’art nés surson sol.