433 —
1439
la main de la princesse Marie de Savoie pourle duc de Milan, il fallut mettre en réquisitionles plus beaux lits à courtes-pointes damasséesou limogées des bourgeois de Chambéry et deschâteaux voisins de Villeneuve, de Corynthe,de Candye, d’Aix. Le duc fit apporter de Tho-non le manteau de drap d’or dont il se servaitles jours d’apparat, commanda des bassins devermeil aux orfèvres de Chambéry et de Ge-nève, emprunta la vaisselle d’argent de l’évêquede Lausanne, et remit à neuf les habits de ve-lours et les capes de soie des dames, écuyers,pages et liallebardiers. En 1439, quand il fallutquitter le château des Sept-Tours (Ripaille)pour Bâle et Lausanne, Amédée-Félix ne vou-lut pas se séparer de ses chambres, comme ondisait alors, c’est-à-dire des tapis et tenturesservant à dissimuler les murailles froides etnues des donjojish Jamais, au surplus, il netaxa ses sujets pour satisfaire de folles prodi-galités , et l’on peut dire que ses dépenses,même celles d’apparat, ne furent point impro-ductives.
Le goût du luxe, chez un prince, s’appellele goût des arts. Un règne ne vaut, dans labrutale clarté de l’histoire, que s’il est remplid’harmonies et de chefs-d’œuvre; Cosme deMédicis et Laurent-le-Magnifique ont fait ou-blier Pierre, Julien et Jean; François I er enno-blira ses fautes par l’attrait de ses peintres etle charme de ses poètes ; Louis XIV n’est resté
1 II avait une chambre de satin cramoisi, une aulre de satinblanc brodé d’enfants jouant parmi les fleurs, une de satinpers, etc., etc., et des tapis d'Orient si mois qu'on cuydoitmarcher sur les mousses d'un bois. Tous ces détails sont citésde Cibrario. l'Econ. polit, del medio evo. II. 137 et suiv.j
28