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leure ou pire que d’autres, mais une condi-tion, celle de l’homme assujetti aux rudeslabeurs, à la misère et à l’ignorance. Le des-potisme du peuple est le plus rude, le plusabsolu, le plus insupportable des despotismes ;mais quand le peuple perd le sens du juste,c’est qu’il n’a pas encore acquis l’espi'it dediscernement, qu’on l’enivre de théories ab-surdes, ou que de brutales ambitions l’exploi-tent. Le peuple n’est point une bête féroceque l’on apaise en lui jetant des victimes, nice troupeau inerte que menait Panurge et quePanurge laissa se perdre ; ce n’est pas da-vantage une armée de bandits et de rêveursoù les appétits sauvages débordent l’héroïsme,où le vice tue l’idéal.
Le peuple de Savoie, l’an 1462, n’avaitpas encore l’entière conscience de sa valeurpropre, et n’apercevait de la patrie qu’unevague et lointaine image, à travers le chaosdes intérêts immédiats de la commune, dela paroisse, de la corporation. Grelottant delièvre et de froid sur le métier que taxait lamaîtrise, mourant de faim entre le blé de ladîme et la garenne du seigneur, le paysan,l’artisan, ne possédaient ni le loisir qu’accom-pagne le désir d’apprendre, ni cette sécuritédu lendemain qui est la moitié de l’indépen-dance. La guerre éternelle, la peste deve-nue endémique, la famine revenant tous lescinq ans, avaient épuisé, meurtri cette racede fiers laboureurs et d’ouvriers de géniedes XII e et XIII e siècles. Il n’y avait plus devie que dans quelques familles du tiers-étatdont les chefs, syndics, marchands, légistes,se retrempaient aux traditions des ancêtres.