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Ce qui distingue, au contraire, son plan deréformes et tous les actes de son adminis-tration, c’est l’équilibre qu’il essaie d’établir,et cette mesure égale entre les droits légitimesde la nation et le respect du principe d’au-torité 1 . Emmanuel-Philibert, sans être des-pote, savait le parti qu’un homme de géniepeut tirer du gouvernement personnel, et ilappréciait les ressources qu’offre parfois, dansles pas glissants, la responsabilité des con-seillers de la couronne. Le vénitien AndreaBoldù remarque qu’ayant un conseil d’Etat detrente membres, il le faisait délibérer seulementlorsqu’il avait besoin d’utiliser son avis pours’excuser lui-même.
En même temps que le duc s’assurait, pardes lois libérales, l’appui du peuple contre lesprivilégiés, il mit à exécution ses projets deréforme des finances. Les services publics dela police, des routes, des ponts, restaient à lacharge des communautés d’habitants ; mais lajustice, les missions diplomatiques, les dé-penses de la Cour, étaient à peine alimentéespar les revenus du prince. Le licenciement desmercenaires, la suppression de la solde clésvassaux et des pensions de faveur avaientréalisé de fortes économies ; l’obligation duservice militaire pour les milices nécessitait,par contre, l’emploi de nombreux officiers; les
1 Aussi a-t-on dit excellemment que l’apaisement généraldes esprits, en Savoie, est le fruit de cette prudente sagessequi a contenu d'une main l'institution odieuse de la féodalité,sans l'aigrir, et qui a relevé de l'autre la classe opprimée, sansl'exciter à la révolte. (Hudry-Menos. La Mais m de Savoie.Revue des Deux-Mondes. I.XVl. 369.)