Band 
Tome deuxième.
Seite
198
JPEG-Download
 

1598

— 198 —

se toucher la barbe et de tourmenter la poi-gnée de sa dague, signes de colère, dit un con-temporain, s’écria tout à coup avec véhémence :

« Il est temps que j’apprenne de vous mesme vostredernière résolution ; que ceux qui portent la croix blan-che sur le cœur passent à ma droite et ceux qui pré-fèrent l’hérésie de Calvin à ma sinistre, comme les dam-nés du jugement ! »

Un moment d’hésitation dans cette foule in-quiète ; puis les deux tiers environ passent àla droite du prince, salués par les acclamationsdes prêtres auxquelles répondent les cris dudehors. François de Sales prend à son tour laparole et, les larmes dans la voix, avec uneonction pénétrante, il essaie de toucher les im-prudents qui demeurent obstinés dans leur loi.Un d’eux se détache du groupe, puis un autre,et c’est tout. Le colonel du régiment du Oha-blais, Brotty, les bourgeois Joly et Desprctz,d’autres encore, notables, hommes de loi, etplusieurs gentilshommes restaient isolés au mi-lieu de cette foule où le respect se mêlait à lasurprise.

« C’est donc vous, ennemis de Dieu et du prince, ré-pond le duc, qui prétendez me résister? Je vous ferayvoir que je suis le maistre. Ça, prenez le nom de cesopiniastres et que sous trois jours ils ayent vidé mesEstais! »

Le jour même, des lettres-patentes suppri-mèrent le culte protestant, révoquèrent tousles officiers, magistrats ou syndics appartenantà la religion réformée, ordonnèrent qu’on brû-lât les livres de doctrine, les Bibles en fran-çais, les psaumes de Marot, condamnèrent àl’exil quiconque ne ferait pas, entre les mains