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Tome deuxième.
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1598

Berne s’étaient rendus à Thonon pour récla-mer la liberté de conscience en Ghablais etl’exécution des traités de 1564,1570 et 1589;le duc leur répondit que les conversions étaientvolontaires; que d’ailleurs il autoriserait le sé-jour de trois ministres, pourvu qu’on le laissâtenvoyer trois capucins prêcher à Berne. Laconversion du petit peuple ne satisfaisait leduc qu’à demi; il sentait bien que rien n’étaitmoins sérieux ; les convictions mieux raison-nées des bourgeois et des gentilshommes ne ca-pitulaient pas encore. Sur le conseil du P. Ché-rubin, il se décide à frapper un grand coup. Le6 octobre 1598 eut lieu, à la maison de ville deThonon, la fameuse assemblée où le duc Charles,en réplique à l’édit de Nantes, commit un deces attentats que doit llétrir l’histoire.

Depuis un mois, le Ghablais était remué par laparole ardente des missionnaires; dix millepénitents descendus des vallées encombraientla ville, fanatisés par les sermons, les flagella-tions, les prières publiques ; deux mille arque-busiers campaient aux portes; le Légat, sasuite, les gentilshommes de la garde du prince,vêtus de velours et d’écarlate, les cavaliersl’épée nue, les confréries visitant les croix deschemins, formaient un tableau imposant où lechant des prêtres se mêlait aux clameurs desfanatiques et au bruit sourd de la multitude.C’est à travers ces rues pleines de rumeurs etde menaces que trois cents bourgeois ou noblesdurent passer pour répondre à l’appel duprince; désignés à la curiosité ou à l’insulte, ilsne parvinrent pas sans péril jusqu’au lieu del’assemblée. Chérubin parla deux heures; leprince qui pendant le sermon n’avait cessé de