Band 
Tome deuxième.
Seite
228
JPEG-Download
 

1602

— 228 —

diction de René de Lucinge se réalisait; paysouvert à l’invasion, rétréci sur toutes ses fron-tières, la Savoie n’avait plus pour destinéeque de servir de gage à chaque rupture oud’appoint à chaque partage. Quant aux provin-ces annexées, elles se rattachèrent sans arrière-pensée à la France ; épuisées par vingt annéesde misère et d’angoisses, elles avaient hâte d’é-chapper aux aventures et de vivre en paix.

L’état de la France, après le traité de Lyon,peut seul faire comprendre le rôle de la Savoieet la politique de ses princes, même dans cequi est relatif à l’histoire essentiellement loca-le, c’est à dire aux habitudes religieuses, admi-nistratives et sociales. Les Ligueurs de Paris,les ministres espagnols, les cardinaux italiens,croyaient avoir en Savoie, dans leurs mains,un peuple aussi fanatique qu’oux-mèmes, aussiardent à la guerre sainte ; mais il n’en possé-daient que le prince. Cette erreur de jugementfit dévier la politique. Les quarante années deguerre qui venaient de désoler le royaume,avaient enfanté des soldats heureux, des sei-gneurs impatients, aussi dangereux que lesservices qu’ils avaient rendus. La cour deMadrid exploitait ces dispositions 1 auprès del’ambition du duc de Bouillon, des lâches com-plaisances du comte d’Auvergne, de la gros-sière vanité du maréchal de Biron. Ce dernier,deux fois surpris en flagrant délit de trahison,fut enfin livre à la justice du Parlement (juil-let 1002). L’Espagne, et surtout le duc de Sa-voie, perdaient avec Biron le seul point d’ap-

1 Voir la lettre écrite par Henri IV à M. de Sillery le 14août 1600 (Lettres inédites. Paris. 1860).