1818-1820
des mesures, insignifiantes en apparence, con-cernant l’enseignement obligatoire de l’italiendans les écoles de village que des rigueursexcessives de la magistrature taxant de crime,sous le contrôle non déguisé du clergé, lesfautes d’éducation, les paroles grossières qu’ontransformait en provocations révolutionnaires.Ainsi, le 6 mai 1818, le Sénat condamne JeanBalmatin pour avoir blasphémé Dieu dans laparoisse de Gruffij, en présence de deux per-sonnes, à la chaîne pour deux ans et à uneheure de carcan sur la place d’Annecy.
Le mécontentement était général ; les espritsaigris n’attendaient qu’une occasion pour mani-fester de part et d’autre leurs rancunes 1 . LeroiVictor-Emmanuel, n’ayant fait aucune conces-sion, ayant exagéré la réaction et repris toutesses prérogatives telles que son frère les exer-çait à Turin en 1790, telles que lui-même les
1 Pendant l’hiver de 1819, M lle Georges donna quatre soiréesà Chambéry. On joua Macbeth, pièce médiocre où Ducis tra-vestit Shakeaspeare ; Gabrielle de Vergy. et deux tragédies deVoltaire, Mérope et Sémiramis, choisies en raison des allusionscontinuelles qu’on y pouvait faire au retour des princes de Sa-voie. Mais les bonapartistes accueillirent avec des bravos fré-nétiques ce vers dans lequel la célèbre actrice, dont on connais-sait l’attachement particulier à l’Empereur, mit toute son âme :
Je ne l’ai donc revu que pour le perdre encore !
Et le dialogue de l’acte V e entre Egisthe et Mérope :
Oui, j’avais des amis, et le peu qui m’en reste,
Sous un joug étranger, baisse un front abattu.
Dans Sémiramisj le tumulte fut au comble lorsque des bravosironiques saluèrent cette plainte de Mitrane :
Ailleurs on nous envie, ici nous gémissons 1Et que des sifflets couvrirent la voix de l’acteur disant :
Quand les Scythes vaincus, réparant leurs défaites,S’élancèrent sur nous de leurs vastes retraitesQuand mon prince en tombant me laissa dans leurs fers !