— ;u7 —
1860
Statut du 4 mars, elle aurait proclamé la Répu-blique le 3 avril; que se rattacher à la Franceen 1859, ce n’était point s’unir à la France de1789, mais à la France des capucins et deschouans, à la France de la Saint-Barthélemy,des réactions de '1816, de la prise de Rome etde la défection de Villafranca 1 .
jamais les manifestations de la pensée n’eu-rent plus de poids dans la région des Alpes quependant l’année qui s’écoula du 16 juillet 1859au 14 juin 1860; jamais on ne s’y émut davantageà la lecture des papiers publics; jamais les an-goisses patriotiques ne mirent la plume à plusde mains que la recherche du vrai rendit élo-quentes. Fait caractéristique, sur les 37 bro-chures publiées en Savoie pendant cette courtepériode , celles qui dénigraient la France etl'Empire sont devenues fort rares, celles quiSouhaitaient l’annexion sont restées dans toutesles familles. Une lettre écrite de Marin (Cha-blais) au Bon sens, le 14 janvier 1860, peint, surle vif, l’état des esprits dans la province la plusagitée par les manœuvres hostiles.
« Supposons que la Savoie soit faite française. LeChablais et le Faucigny se réveilleront à ce mot; c’estun vieux proverbe : Cette fois on est français, dit-on,quand une difficulté est vaincue ou qu’un bonheur sur-vient. — On est donc Français et zone. Point de doua-niers sur le lac, point de douaniers à Saint-Gingolph, àDouvaine, à Saint-Cergues, à Argentière, à Morzine, àSamoëns, à Annemasse. On respire, — et, en écrivantces mots, je soupire. — Nous allons, nous venons enYalley, dans le canton de Vaud, dans le canton de Ge-nève ; nous vendons, achetons en pleine liberté. Point
1 La vérité vraie sur la question de Savoie. (Daté d’Albert-ville. Janvier 1860. Anonyme. — imprimé à Annecy.)