TURGOT MINISTRE
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regrets sur le passé_ Je vous exhorte à mettre
dans votre marche toute la lenteur de la prudence.J’irai jusqu’à vous inviter, si cela vous était possiblecomme à moi, et si vous n’aviez pas depuis long-temps pris couleur, à masquer vos vues et votreopinion vis-à-vis de l’enfant que vous avez à gou-verner et à guérir. Vous ne pouvez pas vous empê-cher de jouer le rôle du dentiste. »
Bertin ne fut pas seul à lui conseiller la prudence.Il y en eut d’autres qui vinrent le trouver, et vou-lurent le détourner de son but. Ils étaient sans doutemoins dévoués à sa personne; c’est peut-être la raisonpour laquelle Turgot les repoussa avec une certainehauteur. Neckcr, qui venait d’être couronné parl’Académie française pour son éloge de Colbert, luidemanda une audience pour lui exposer ses vues surla question des blés. Voici ce que raconte à ce proposMorellet dans ses mémoires : « M. Turgot réponditun peu sèchement à l’auteur, parlant à sa personne,qu’il pouvait imprimer ce qu’il voulait, qu’on ne crai-gnait rien, que le public jugerait, refusant d’ailleursla communication de l’ouvrage; le tout avec cettetournure dédaigneuse qu’il avait trop souvent encombattant les idées contraires aux siennes; et ce queje rapporte là je ne le tiens point d’un autre, car jel’ai vu de mes yeux, entendu de mes oreilles; j’étaisalors chez M. Turgot. M. Vecker y vint avec soncahier, j’entendis les réponses que l’on lit à sesoffres et je le vis s’en allant avec l’air d’un hommeblessé sans être abattu. » C’est bien le ministre