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voqué par la lecture de l’édit et de son préambulequi les a soulevés. On raconte que, communiquant àun de ses amis le préambule dont nous avons parlé,Turgot lui avait dit en riant : « On le trouvera diffuset plat; voici mon motif : j’ai voulu le rendre si clairque chaque juge de village pût le faire comprendreaux paysans; c’est une matière sur laquelle l'opinionpopulaire peut beaucoup ». L’opinion populaire pou-vait en effet beaucoup pour le mal, mais les juges duvillage n’avaient pas encore pu la disposer pour lebien, en faisant aux paysans la leçon dont avait parléTurgot; ils étaient loin d’avoir dissipé des préjugésqui persistent quelquefois pendant plusieurs sièclesaprès que tous les hommes éclairés sont parvenus às’en défaire.
Il est toujours facile d’expliquer un mouvementpopulaire par un complot, de même qu’il est aisé d’at-tribuer tous les phénomènes de la nature, chaquefois qu’ils se produisent, à l’intervention spécialed’une puissance supérieure et occulte. C’est une trèscourte vue qui le plus souvent fait juger ainsi, et ilne faut pas se payer trop facilement des explicationsde ce genre. Cependant il se produisit à Dijon, commeplus tard à Pontoise, à Versailles et à Paris, des faitsdont il est difficile de se rendre compte si on ne sup-pose pas l’action d’un groupe directeur et de chefsplus ou moins masqués, chargés d’exciter les colèreset de diriger les coups de l’émeute.
« Le premier point de mon sermon, écrit Voltaireà Condorcet, est l’abominable superstition popu-