TURGOT MINISTRE
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Malheureusement les circonstances devinrent deplus en plus difficiles. Les récoltes avaient été mé-diocres en 1774 et s’annonçaient comme à peu prèsnulles pour 1775. Bachaumont disait dans ses Mé-moires secrets : « M. le contrôleur général, persis-tant toujours dans son système sur la liberté du com-merce des grains, ne s'émeut point de la cherté quis’élève de toutes parts. Il assure qu’elle ne sera pasplus forte qu’elle ne l’était du temps du monopole,mais que cette calamité n’aura qu’un temps et queles accapareurs, punis de leur cupidité, perdrontpour toujours le désir de garder leurs blés. »
Le 18 avril 1775 une bande de paysans envahitDijon, saccageant les maisons, pillant les moulins,et faisant des perquisitions partout où l’on soupçon-nait qu’il existât des approvisionnements de blé. Legouverneur fut menacé de mort et on l’accusa d’avoirdit : « Mes amis, l’herbe commence à pousser, allezla brouter ». L’évêque sortit dans la rue et haranguales paysans; il les décida enfin à quitter la ville. Ons’est beaucoup demandé, à l’époque de cette éclxauf-fourée et même depuis, quelle avait été la cause d’unmouvement si subit et sitôt réprimé. Fallait-il y voirune simple émotion populaire, telle qu’il s’en pro-duit quelquefois quand les populations souffrent?Il est certain que ceux qui prirent part à l’émeutede Dijon n’avaient point lu l’exposé des motifs deTurgot et qu’ils n’entendaient rien à sa discussiongrave et élevée sur les principes de la liberté ducommerce; ce n’est donc pas le mécontentement pro-