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TURGOT
Le clergé le considérait, non sans raison, commeun philosophe. Il se rappelait cette phrase du Conci-liateur où Turgot disait à propos de la révocationde l’édit de Nantes : « On a déshonoré la religionpour flatter Louis XIV » ; et cette autre opinionvivement exprimée que le roi ne doit pas être chefde la religion, pas plus que le chef de la religion nedoit être roi. « La suprématie des Anglais, le pou-voir temporel des papes, voilà les deux extrêmes desabus. » Le clergé ne lui avait pas pardonné nonplus les efforts qu’il avait faits pour obtenir la modi-fication de la formule du serment du roi au sacre.Turgot avait demandé à Louis XVI de supprimerdu serment le passage où il jurait « d’exterminerentièrement de ses Etats tous les hérétiques con-damnés nommément par l’Eglise ».
Louis XVI y aurait probablement consenti ; ilavait été ému des observations que lui avait pré-sentées son contrôleur général; mais, circonvenu parMaurepas, qui ne voulait pas se brouiller avec lesévêques, il s’était défendu mollement, avait fini parcéder et avait prononcé l’ancienne formule, se con-tentant de la balbutier dans quelques paroles inin-telligibles.
Il subsiste une preuve curieuse de l’effet que Tur-got avait produit sur le roi en lui présentant sesobservations de vive voix et par écrit, et en le sui-vant à Reims, pour lui parler, jusqu’au dernier mo-ment, de cette grave déclaration d’intolérance qu’onlui imposait. C’est un billet de la main même du roi,