LA PRÉPARATION DES GRANDS ÉDITS
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daté de Reims le 10 juin 1775, adressé à Turgot etconservé dans les archives de Lantheuil : « Je nevous ai pas fait appeler, Monsieur, pour vousdonner réponse à la lettre d’hier, parce que j’aimaismieux vous laisser un écrit comme gage de ma façonde penser sur votre compte à cette occasion. Jepense que la démarche que vous a\’ez faite auprèsde moi, est d’un très honnête homme et qui m’estfort attaché. Je vous en sais le meilleur gré possibleet je vous serai toujours très obligé à me parler avecla même franchise; je ne peux pourtant pas, dans cemoment-ci, suivre votre conseil; j’ai bien examinédepuis; j’en ai conféré avec quelques personnes, etje pense qu’il y a moins d’inconvénients à ne rienchanger, mais je ne vous suis pas moins obligé del’avis, et vous pouvez être sûr qu’il demeurerasecret, comme je vous prie de garder cette lettre. —Louis. ».
Turgot ne cacha guère sa démarche, et d’ailleursil ne se tint pas pour battu. Après le sacre, aprèsque le roi eut prononcé plus ou moins distinctementla fameuse formule, il lui adressa une longue lettreoù il lui donnait sur la tolérance les avis et lesenseignements les plus admirables. « La religionpeut-elle donc commander, peut-elle permettre descrimes? Ordonner un crime, c’est en commettre un;celui qui commande d’assassiner est regardé commeun assassin. Or le prince qui ordonne à son sujet deprofesser la religion que celui-ci ne croit pas, ou