LES ÉDITS DE 1776
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c’est-à-dire les gouvernements qui ont succédé àl'ancien régime. Aussi est-ce à ïui'got, beaucoupplus qu’à la Révolution, que nous sommes redevablesde la liberté du travail, et c’est à la liberté du travailinaugurée par Turgot que la France du xix° siècle,après le triomphe définitif des idées du grand minis-tre, a dû l’étonnante explosion de force industrielleà laquelle notre génération a pu assister.
Le préambule de l’édit sur la suppression desjurandes est une œuvre magistrale dont il convientde donner une analyse et de reproduire par extraitles principales considérations.
Le droit de travailler est un droit naturel ; il y aété porté atteinte par des institutions anciennes à lavérité, mais que ni le temps, ni l’opinion, ni lesactes de l’autorité, qui semblent les avoir consacrés,n’avaient pu légitimer. Dans presque toutes lesvilles l’exercice des différents arts et métiers étaitconcentré dans les mains d’un petit nombre demaîtres réunis en communautés, pouvant seuls, àl’exclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ouvendre les objets du commerce particulier dont ilsavaient le privilège exclusif. Ceux qui se destinaientà l’exercice des arts et métiers ne pouvaient y par-venir qu’en acquérant la maîtrise, à laquelle on nepouvait être reçu qu’après des épreuves longues,pénibles et superflues, et au prix d’exactions multi-pliées qui faisaient perdre à celui qui les subissaitune partie du capital dont il aurait eu besoin pours’établir et monter un commerce ou un atelier.