174
TÜRGOT
Majesté un homme sans talent, qui n’a d’autre mériteque la docilité à qui? non pas à celui de vos ministresqui montre quelque force dans le ministère, mais àM. le garde des sceaux, qui, par ses insinuations,augmente encore les dispositions à la faiblesse. C’estdans ces circonstances que Votre Majesté peut n’êtrepas frappée des dangers que je lui ai montrés avectant d’évidence!
« En vérité, Sire, je ne vous conçois pas; on a eubeau vous dire que j’étais une tête chaude ou chimé-rique, il me semble cependant que tout ce que jevous dis ne ressemble pas aux propos d’un fou. Ilme semble même que les opérations que j’ai faites,malgré les cris, malgré les résistances qu’elles ontéprouvées, ont réussi précisément comme je les avaisanoncées, et, si je ne suis pas un fou, si les dangersque je vous ai fait voir ont quelque chose de réel,Votre Majesté ne peut pas, sans se manquer à elle-même, s’y livrer par complaisance pour M. de Mau-repas....
« Je vous supplie de réfléchir encore avant de vousdéterminer à un choix qui sera mauvais en lui-mêmeet funeste par les suites.... Si enfin j’ai le malheurque cette lettre-ci m’attire la disgrâce de VotreMajesté, je la supplie de m’en instruire elle-même.Dans tous les cas je compte sur son secret. »
Le roi ne répondit pas plus à cette lettre qu’auxpremières du même genre que Turgot lui avait écritesle même jour ou les jours précédents. Il lui fallaitchoisir entre Maurepas et Turgot, et son choix était