DISGRACE DE TBIIGOT
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des esclaves couronnés, c’est elle qui a fait tous lesmalheurs du dernier règne.
« On vous croit faible, Sire, et il est des occasionsoù j’ai craint que votre caractère n’eût ce défaut; jevous ai pourtant vu, dans d’autres circonstancesplus délicates, montrer un vrai courage.
« Vous l’avez dit, Sire, l’expérience vous manque;vous avez besoin d’un guide. Il faut à ce guidelumière et force. M. de Maurepas a la première deces qualités, et il ne peut avoir la seconde s’il n’alui-même un appui. Il ne le sent pas, il le craintmême; je le vois par le choix qu’il a en vue et parle peu d’efforts qu’il a faits pour vous déterminer enfaveur de l’abbé de Very. Je vois qu’il craint précisé-ment ce qui lui donnerait de la force. Il ne sent pasqu’après m’avoir isolé, après avoir dégoûté VotreMajesté de moi, et m’avoir forcé à vous quitter, toutl’orage dirigé maintenant contre moi viendra fondresur lui, et qu’il finira par succomber en entraînantdans sa chute votre autorité, ou peut-être après l’avoirperdue.... Voilà, Sire, où vous en êtes; un ministèrefaible et peu uni, tous les esprits en fermentation,les parlements ligués avec toutes les cabales, enhardispar une faiblesse notoire (Votre Majesté a vu, dansune lettre que je lui ai confiée, l’expression biennaïve de leurs pensées), des revenus au-dessous dela dépense, la plus grande résistance à une économieindispensable, nul ensemble, nulle fixité dans lesplans, nul secret dans les résolutions de vos conseils;et c’est dans ces circonstances qu’on propose à Votre