RÉACTION, TRIOMPHE DEFINITIF
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tel était le but que poursuivait Turgot. a La causedu mal, Sire, disait-il au roi dans son Mémoire surles municipalités, vient de ce que votre nation n’apas de constitution ; vous pourriez gouverner commeDieu, par des lois générales. »
Seule une révolution, c’est-à-dire le renverse-ment du régime, pouvait réaliser ce progrès, et cetterévolution n’aurait pu s’accomplir sans violence quesi les deux puissances, les deux principes actifs durégime ou l’un des deux, le roi et les privilégiés,eussent consenti à l’entreprendre. Turgot ne pou-vait pas compter sur les privilégiés, qui étaient bienloin à cette époque de penser à une nuit quelconquedu 4 Août, qui se croyaient très forts et n’avaientaucune envie de désarmer. 11 n’avait par conséquentde chance de succès que s’il persuadait au roi de semettre à la tête du mouvement et que s’il obtenait delui de s’y tenir avec fermeté. Mais si Louis XVI a euparfois le sentiment de ce qu'il pouvait oser danscet ordre d’idées, il n’a jamais eu la force de passerdu sentiment à l’action.
Turgot aurait-il pu venir à bout des hésitations duroi s’il avait ménagé les personnages de la Cour etdu Parlement, et s’il ne s’était pas successivementbrouillé avec tout le monde? Poser la question dansces termes, c’est en faire ressortir la contradiction.Son objet était de changer un régime qui reposaitjustement sur ceux-là mêmes qu’on prétend qu’ilaurait dû ménager. Les ménager, c’eût été leurrendre en quelque sorte hommage et respecter leur