MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 29
trée, et cescun s’enfuyoit devant celle cruele beste. Eten ce temps estoit ledit Boniface en ung voyage surles Sarrazins, et à son retour fut adverty de la piteusemort de son filz et des dommaiges que faisoit leditserpent en son pays et ès voisinages. Le bon chevaliertraveilla tant par curieuse poursuyte qu’il trouva leditserpent en ung bois qui emportoit ung enfant en sagorge. Celluy chevalier, par couroux de vengance,courut sus audit serpent. La beste laissa la prise del’enfant qu’elle avoit meurdri, et courut sus auditchevalier, et dura la bataille entre eux deux moultlonghement, et tant aida Dieu au chevalier qu’il couppala beste par le milieu de son espée. Mais comme c’estassez la coustume d’un serpent de quérir à se ranoer,celle beste qui fut moult longhe se ranoa près de lateste et jetta tant de venin, avant que le conte le peustde tous poins partuer, que le bon chevalier en cuidamorir; et, pour celle vengance et victoire, les enfansdudit conte, qui depuis furent seigneurs de Mylan,portent en leurs armes d’argent k ung serpent etl’enfant marrissant, en la maniéré dessus blasonnée, etcomme l’en peut veoir par le blason 1 . Et à mon enten-dement l’Empereur, le Roy des Rommains, vostre pere,et vous après eulx, avez droit en la duchié de Mylanou portion de droit, dont en pourrez* plus plainement
t. Une autre explication, non moins fabuleuse, a été donnée del’origine de ces armoiries. D’après la Légende des Flamens, déjàcitée, p. 148, « Othon, second prince de Milan, fils de Hélyprand, »qui portait auparavant sept couronnes dans son blason, prit lacouleuvre de sable en champ d’argent, parce qu’il avait vaincu enSyrie un prince nommé Volux, qui blasonnait son écu d'une cou>leuvre ou d’une bysse.
2. « Dont vous vous pourrez. »