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MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
sur sa cemise, sans avoir chausses, ne pourpoint. Et,après le devoir fait, tel que Roy doit au Pape, ensoy humiliant, comme filz de l’Eglise, luy mesmesproposa son cas et ses excuses, et comment, pour ladeffense de la foi crestienne, il traveilloit de tailles sonroyaulme et son peuple 1 . Et luy sambloit que le Papene luy devoit aultre chose demander. Et remonstracomment par moult de fois' il avoit aventuré sur lesSarrazins sa noblesse et mesmes sa personne, et dontil vouloit monstrer sur son corps les ensaignes cer-taines 2 . Et demanda au Pape et aux cardinaulx là pre-sens, se tous enssamble luy saroient monstrer autantde playes receues, pour la foy de Nostre Seigneur Dieumaintenir 3 , que luy mesmes en monstreroit sur luy 4présentement. Alfonse osta sa robe et devesti sa cemiseet monstra son corps tout nud. Sur lequel fut veu ungmerveilleux nombre de playes, dont cincq y en avoitsy près d’estre morteles que ce fust plus miracle queraison naturelle que de la mendre 5 il eschappast sansmort recevoir. Le Pape et les cardinaulx, veans cenoble tesmoingnage, furent honteux et desplaisans dutraveil donné à ce noble et très catholicque Roy, lefirent benignement revestir, et, après pluseurs hon-nourables excuses, le recongneurent bon et entier filzde l’Eglise, et, par l’advis de tous et en mémoire deses biens fais, luy fut ordonné de mettre en chacun
1. « Il travailloit assez son royaume, en levant grandes taillessur son peuple. »
2. « Monstrer les ensaignes certaines sur son corps. »
3. « La foy de Dieu maintenir. »
4. « Luy seul... sur soy... »
5. Moindre.